La dépendance aux médicaments psychotropes
- 26 janv. 2016
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Selon un rapport de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), plus de 3,8 millions de Français sont des consommateurs réguliers de médicaments psychotropes. En raison de leurs actions sur les mécanismes neurobiologiques du cerveau, ces composés pharmacologiques possèdent de multiples indications et sont prescrits dans les traitements de différentes catégories de troubles. On distingue six classes de médicaments : les neuroleptiques, les antiépileptiques, les antidépresseurs, les régulateurs de l’humeur, les tranquillisants et les hypnotiques.
La nature et la composition des molécules psychoactives employées, le non-respect du protocole de prescription ou la mauvaise observance du dosage peuvent, comme pour tout médicament, déboucher sur des effets secondaires connus ou indésirables (sédation, troubles neurologiques). L’usage de ces médicaments va dépendre de chaque individu, tous les accros ont une utilité et un mode d’utilisation différents.

Crédit : AFP / Archives, Philippe Huguen
Qu’est-ce qu’un médicament psychotrope ?
Un psychotrope est une substance qui agit principalement sur l’activité psychologique et mentale du patient. Il existe globalement trois grand types de catégories de psychotropes :
les psycholeptiques ou sédatifs _ médicaments entraînant une diminution de l'activité psychique. Il s'agit des somnifères, des anxiolytiques, des neuroleptiques et des médicaments régulateurs de l'humeur.
les psychoanaleptiques : des stimulants du cerveau comme les antidépresseurs ou des médicaments stimulant la vigilance comme les amphétamines.
les psychodysleptiques : médicaments ou substances modifiant les perceptions, employés en médecine à des doses très inférieures aux doses psychotropes.

Crédit : drogues.dependances.fr
Au niveau du système nerveux, l’activité psychique se traduit par des réactions biochimiques au sein des cellules nerveuses (neurones). Ces neurones synthétisent des substances appelées neurotransmetteurs, dont les plus connus sont la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline.
Les anxiolytiques, entre bien-être et ravage
Comme leur nom l’indique, les anxiolytiques sont des médicaments qui sont utilisés pour lutter contre l’anxiété́, mais aussi pour réduire l’hyper-émotivité́ et les situations de stress. Selon une étude de la Haute Autorité de Santé (HAS) effectuée en 2014, près de 7 millions de Français ont pris au moins une fois une benzodiazépine anxiolytique, que ce soit le Valium, le Temesta, le Lexomil ou le Xanax.
Pour limiter les effets indésirables, la consommation théorique ne doit pas dépasser les 12 semaines. Cependant, 16% des consommateurs en ingèrent de façon chronique, et donc ne respectent pas les prescriptions.
Ces anxiolytiques, qui ont pour but de tranquilliser les personnes peuvent être d’une grande aide quand l’utilisation est régulée et ponctuelle, mais la prise régulière à long terme de ce médicament peut entrainer chez certaines personnes des effets secondaires. Certes, les médicaments permettent de soulager, mais peuvent entraîner malheureusement des pertes de mémoire, provoquer un état dépressif ou différents autres effets néfastes. De même, en cas d’arrêt intempestif ou subit, le patient peut ressentir les mêmes symptômes qu’un toxicomane en manque.
Les somnifères, on en use et abuse
Les somnifères font partie des médicaments dits hypnotiques, qui nous poussent dans les bras de Morphée en luttant contre l’insomnie. Selon l’étude de la Haute Autorité de Santé déjà citée, la France est le premier consommateur de benzodiazépine, médicament qui traite l’insomnie et les troubles du sommeil, avec plus de 131 millions de boîtes de médicaments vendues en 2012. Plus de 10 % de la population française consomme de manière chronique des somnifères. Pour certains, ils font partie intégrante de leur vie.
Un des usages détournés des somnifères est leur utilisation comme sédatifs, avec le risque d’une altération de la conscience.
La face cachée des antidépresseurs
Les antidépresseurs font partie des médicaments psychotropes les plus consommés par les Français. En 2013, la France a perdu sa place de leader dans la consommation d’antidépresseurs, selon un rapport de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE). De nos jours, elle se place sous la moyenne des 23 pays membres de l’OCDE, ex-æquo avec nos voisins d’outre-Rhin.
Même si elle croît moins vite que dans les autres pays, la consommation en France ne cesse d’augmenter.
L’histogramme ci-dessous montre la consommation d’antidépresseurs entre 2000 et 2011 dans les pays qui consomment le plus d’antidépresseurs.
Nous pouvons constater que l’Islande est leader en terme de consommation, 106 comprimés d’antidépresseurs par jour pour mille habitants.
La France, quant à elle, ne consomme “que” 50 cachets d’antidépresseurs pour mille habitants par jour.

Quels sont les risques d’un surdosage d’antidépresseurs pour les patients ?
À part de soulager les symptômes de dépression chez les patients, les antidépresseurs ont un effet sur l’humeur des patients mais aussi, et surtout, ils peuvent compléter l’action des anxiolytiques. Ils sont parfois prescrits simultanément pour traiter des souffrances fortes. Mais leur usage sur la durée et avec des doses trop importantes peut produire un « cocktail » pouvant provoquer troubles psychologiques et comportementaux.
Pourquoi le nombre de consommateurs de médicaments psychotropes ne cesse d’augmenter ?
Cet usage, souvent abusif et de plus en plus chronique, répond à un « mal-être » et est devenu un réel problème de santé publique. Ces médicaments sont souvent utilisés comme solution alternative mais ne résout pas les problèmes de fond des patients.
De multiples explications comme les facteurs sociodémographiques (âge, revenu, emploi, éducation, statut marital) ou la force de persuasion de l’industrie pharmaceutique peuvent être avancées pour tenter d'expliquer pourquoi les Français sont devenus si « accros » aux psychotropes. Vu le nombre important de personnes qui consomment des médicaments psychotropes, il est devenu “anormal” de ne pas en prendre au moins une fois dans sa vie.
Considérant les différents facteurs qui mènent une personne à la consommation de psychotropes, il est difficile de juger si dans notre société cette consommation relève du « normal » ou répond véritablement à une pathologie correctement diagnostiquée.
Quentin Zipfel

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